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Le timing est cruel, au moment où Spliiit préparait son expansion dans trois nouveaux pays européens, lançait une application mobile et affichait pour la première fois des résultats financiers positifs, la startup française a reçu un rappel brutal de la réalité de l’économie des plateformes. Le 29 mai, le tribunal judiciaire de Paris l'a condamnée à verser près de 800 000 euros à Netflix, Disney et Apple pour avoir organisé le partage de leurs abonnements en violation de leurs conditions d'utilisation.

Pour l'entreprise auboise, la facture est lourde, mais au-delà du montant, c'est toute une vision de l'économie numérique qui se retrouve aujourd'hui questionnée.

Car Spliiit n'est pas l'histoire d'une startup qui n'aurait jamais trouvé son marché. C'est au contraire celle d'une entreprise qui semblait avoir réussi son pari entrepreneurial avant de se heurter aux intérêts de ceux dont elle dépendait.

Une idée simple devenue une entreprise rentable

Fondée par Jonathan Lalinec, Spliiit s'est développée autour d'une intuition simple : de nombreux abonnements numériques sont sous-utilisés. Qu'il s'agisse de plateformes de streaming, de services musicaux, de logiciels, d'outils de cybersécurité ou encore de médias, les offres multi-utilisateurs sont souvent exploitées bien en dessous de leur capacité maximale. Spliiit s'est donné pour mission de connecter les utilisateurs afin de mutualiser ces coûts.

La plateforme agit comme un intermédiaire de confiance. Elle sécurise les transactions, organise les paiements et met en relation les détenteurs d'abonnements avec des utilisateurs souhaitant accéder à des places disponibles.

Une idée qui n'a pas manqué de trouver son public, en quelques années, l'entreprise revendique plus de 1,66 million de membres en Europe et près de 25 millions d'euros d'économies générées pour ses utilisateurs. Son catalogue compte environ 350 services partageables couvrant la vidéo à la demande, la musique, les jeux vidéo, la presse, l'éducation ou encore les outils professionnels.

Surtout, l'année 2025 marque un tournant. Spliiit affiche pour la première fois un Ebitda positif de 650 000 euros pour un chiffre d'affaires de 2,45 millions d'euros, en progression de 80 % sur un an. Avec 28 salariés, la société s'apprête alors à entrer dans une nouvelle phase de développement.

L'entreprise venait précisément de trouver son modèle économique.

Une startup née dans l'âge d'or du partage

Spliiit a prospéré dans une période où les intérêts des plateformes et ceux des utilisateurs restaient largement alignés. Les acteurs du streaming cherchaient avant tout à conquérir des abonnés et à imposer leurs services dans les foyers. Le partage de comptes, bien que rarement encouragé officiellement, était souvent toléré tant qu'il alimentait la croissance. Dans un marché encore en expansion, chaque utilisateur supplémentaire représentait davantage une opportunité de recrutement qu'un manque à gagner. Aujourd'hui, cette logique appartient au passé.

Le jour où les intérêts ont divergé

Le problème pour Spliiit est que l'industrie du streaming a profondément changé. La phase de conquête a laissé place à une phase de rentabilité. Les coûts de production explosent, la croissance ralentit et les investisseurs exigent désormais des résultats financiers tangibles. Dans ce nouveau contexte, chaque utilisateur qui bénéficie d'un service sans payer directement un abonnement complet devient un manque à gagner potentiel.

Netflix a ouvert la voie en renforçant les contrôles sur le partage de comptes hors foyer. Disney+, Max, YouTube et d'autres acteurs ont progressivement adopté des approches similaires. La logique est non seulement de maximiser le revenu par utilisateur, mais de ne laisser aucun tiers interférer entre eux et leurs utilisateurs.

Pour sa part, le tribunal a considéré que la startup ne se contentait pas d'accompagner un usage existant mais qu'elle participait activement à l'organisation et à la monétisation de pratiques contraires aux conditions générales d'utilisation des plateformes concernées. Les juges ont également sanctionné l'utilisation de marques et de logos susceptibles de laisser croire à l'existence de partenariats officiels.

Une entreprise toujours debout

La décision de justice ne signe pas pour autant la disparition immédiate de Spliiit, qui conserve plusieurs voies de recours. Surtout, le tribunal n'a pas interdit l'ensemble de ses activités. La plateforme peut continuer à opérer sur plusieurs centaines de services qui n'étaient pas concernés par la procédure.

Mais l'impact stratégique est considérable. La perte de Netflix, Disney et Apple prive Spliiit de certaines des offres les plus attractives de son catalogue. Elle intervient également au moment où l'entreprise préparait son accélération européenne.

Créé en 2019, Spliiit a levé 500 000 euros auprès de Superprof en janvier 2025.

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